Nous les fils de soixante huitardes, gavés d’illusion, nous n’adhérerions plus à l’effort, à l’ambition par le travail, et à la carrière en
entreprises dans lesquelles les paies fondent comme neiges au soleil.
« 20 ans de chômage de masse, quelle horreur pour cette jeunesse ! » s’offusquent nos aînés.
On nous explique que c’est juste une question d’offre et de demande, comme l’immobilier en quelque sorte, décidément vous n’avez pas
de chance.
Vous êtes la génération maudite, on vous l’a dit.
Attendez encore un peu, dans dix ans les baby boomers seront devenus papy, il sera temps pour vous de faire vos preuves.
Par contre, entre temps on sera en plein dans la grande mondialisation du travail.
Il faudra vous montrer plus courageux que vos glandeurs d'ainés abreuvés d’avantages.
Car en partouzant avec la planète, nous devrons nous montrer compétitifs, ne plus avoir de Smic, d’horaires et cumuler deux ou trois
boulots pour conserver un niveau de vie suffisant pour continuer à passer à la caisse chez Auchan.
Et pour les cadres, ce sera pareil, ils devront montrer l’exemple. Management oblige.
Et le management moderne ne peut s’embarrasser d’état d’âmes.
Au fait, avec vos payes de tiers-mondistes, n’oubliez pas de soutenir les retraites de vos chers parents, ils sont bientôt plus
nombreux que vous, faudra peut être donner plus …
J’ai bien peur d’avoir compris.
Mais il ne faut pas s’inquiéter car la croissance reviendra, un jour.
Restons calme, quand les grandes réformes nous auront fait rentrer dans le rang et dans les standars du 19eme siècle, que les chinois
commenceront à élever leurs salaires, on sera de nouveau compétitifs pour relever les défis de demain.
Lesquels, on n’en sait encore trop rien.
Peut-être survivre tout simplement.
Décidemment, cette grande partouze fera table rase de notre 20eme siècle.
Qu’est ce qu’il avait pourtant le 20éme ?
Je le trouvais pas mal moi, j’avais même l’impression que c’était un siècle de toutes les conquêtes.
Spatiale, économiques et sociales.
« Mais non tais-toi, puisqu’on te dit qu’on a perdu au cours du 20 ème la liberté.
Regarde les pays émergents, eux ils sont libres ».
Avec deux bouts de ficelles, une crotte de nez et trois crevards on peut produire des voitures, des strings, ou des
médicaments.
C’est ça la liberté.
Pas de règle pour faire chier.
Et pourquoi alors, se fatigue-t-on à les respecter ?.
Il faut croire qu’on se serait trompé de route, nous, dans nos vieux pays avec toutes
nos règles de sécurité et de dignité humaines.
Et puis, c’est tellement plus simple la liberté, et tellement vendeur…
Très bien, d’accord, dans ces conditions, Jaurés et Blum n’étaient
finalement que des imposteurs, le général un grand bavard, et les services publics tous rentables.
En fait, le vrai problème du 20eme siécle : c’est qu’on ne fut qu’une poignée à connaître le progrès. Et qu’aujourd’hui les
derniers seront bientôt les premiers.
Si on résume, les pays qui se sont développés avant les autres sont tenus de revenir sur la ligne de départ avec ceux qui émergent,
s’il vous plait !
Un peu comme en classe quand la maîtresse refait la leçon aux retardataires, les autres doivent faire semblant de ne pas connaître la
suite.
On efface tout, ensuite on refera les grandes grèves, on pourra même couper quelques têtes, on va se marrer.
Le SMIC est totalement anticoncurrentiel voyons, si la demande l’exige, il faut savoir
être compétiteur et s’adapter.
Les congés seraient décidemment une perte de temps, une sorte d'huile à faire reluire les fainéants.
L’abolition de la peine de mort ? On verra ce qu’on en fera, ce n’est pas le sujet.
Je me demande jusqu’à quand croiront-ils si fort que la globalisation sans limite doit être poussée à son paroxysme afin de violer nos
Etats- providence.
Cette question qui m’obsède, je la pose à mon grand père…
Un sage, un géant, qui a connu notre 20eme de 14 à Cécilia et Carla et qui n'en renvient pas…
Mais l'interrogation semble le dépasser.
-« Je ne suis plus dans le coup, mon petit…
La mondialisation est sans précédent, elle semble bien définitive ».
-« Mais la période de certitude du libre échange que nous vivons ne s’apprète-elle pas à faire place à une autre plus obscure et
incertaine qui se profile déjà ? ».
-« Tu as peut être raison, mais pourquoi te torturer avec de telles questions ?».
-« Parce que je ne vois pas dans ce bouillonnement planétaire l’assurance d’un mouvement définitif et imperturbable poursuivant une logique de progrès.
Ce n’est qu’une phase, un cycle, qui aura son reflux, sa décrue ...».
Le phénomène est trop violent pour demeurer exponentiel indéfiniment.
C’est dans la force des choses, l’homme doit en être certain.
A tout mouvement dominant, son inverse se chargera de préserver les équilibres.
Le terrorisme est certainement un premier symptôme de ce recul imminent, ou plutôt un élément fortement perturbateur de la
globalisation à marché forcée.
Les risques d’épidémie en seront peut-être les renforts.
Jusqu’au jour ou des pandémies se propageront par les flux de containers et des hôtesses
de l’air.
Le frein à la mondialisation pourrait venir aussi de l’augmentation des prix de l’énergie.
Ce ne sera alors peut-être plus rentable de faire faire 3 fois le tour de la terre à un produit pour être consommé.
Comme la marrée qui se retire, L’Europe et les Etats-Unis entameront un rempli, refermeront leurs frontières, et les marchés
intérieurs se reconstitueront.
A l’ouverture outrancière succéderont la fermeture et la défiance.Le protectionisme autrefois un gros mot.
En outre, le commerce avec la Chine ne se rationalisera jamais, et d’un pays partenaire nous trouverons un ennemi économique
assumé.
Car il n’y a pas plus de raison aujourd’hui de travailler avec Pékin qu’avec Rangoon.
Nos partouzards nous demandent de respecter un Etat-voyou qui sera demain clairement identifié en concurrent mal intentionné.
Une sorte de pays disqualifié d’office aux jeux olympiques pour dopage systématique…
Et puis, quand tout le monde vendra de la merde produite à partir de salaires de misère dans des conditions désastreuses pour la
planète, il faudra bien retrouver de la valeur ajoutée.
Où sera alors la prochaine conquête ?
Un jour nous délocaliserons peut-être sur Mars, voilà le nouveau débouché ?
Faire travailler les prisonniers ? C’est déjà fait.
Ou alors, doit-on simplement compter sur
la chine pour nous ouvrir au développement durable ?
Cette prophétie fait sourire aujourd’hui.
On dit que la période actuelle a connu un précédent dans l’histoire.
Entre 1880 et 1910, le monde connaissait le même libre échangisme financier à l’apogée de la colonisation.
Or le phénomène actuel le dépasse par son ampleur et sa force de prolifération rendue possible par la communication.
La globalisation s’impose de nos jours au monde comme un état de fait, et non plus un choix stratégique.
C’est une réalité…
Mais malgré cette évidence, elle sera perturbée, elle vaincra certainement mais pas sans replis ni décombres.
Encore une fois une bonne correction, orchestrés soit par l’homme soit par la nature qui ramènera ce dernier à la raison.
Je n’ai rien contre la mondialisation mais comment pourrait-elle perdurer à ce rythme
sans nous détruire ?
Les cycles et les sinusoïdes parleront à nouveau, j’en suis certain, et au flux succèdera le reflux, comme pour l’immobilier…
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